150
ans de soins - sept siècles d'histoire
Sommaire
A
l'origine de l'hôpital: l'hospitalité
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L'accueil des pauvres à la porte d'un hôpital médiéval
Dès leur apparition au Moyen-âge, les hôpitaux ou maisons
hospitalières appliquent le devoir de charité chrétienne
quest lassistance aux pauvres; ce nest quau cours du
XIXe siècle quils abandonneront peu à peu cette vocation
première pour se consacrer exclusivement au soin des malades.
En Suisse romande, les premiers hôpitaux apparaissent vers le VIIIe siècle;
aux XIe et XIIe siècles, de nombreuses institutions sont édifiées
par les ordres hospitaliers le long des grandes voies de communication.
LHospice
Sainte-Marie dOrbe, fondé au XIe siècle, est un exemple
typique dhospitalité caritative: les plus démunis, les enfants
et vieillards abandonnés, les voyageurs sans ressources et les pèlerins
y trouvent un toit, de la soupe et un morceau de pain.
A lépoque des grandes épidémies, pour éviter
la contagion, on tente de circonscrire au mieux le mal en isolant les lépreux
et pestiférés dans des bâtiments situés en dehors
des villes; Yverdon connaîtra ainsi deux maladières
construites dans l'élan de l'édification de la nouvelle ville,
aux XIIIe et XIVe siècles.
Hospitalis
pauperum Beatae Mariae Virginis
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Le bâtiment du premier hôpital d'Yverdon la veille de sa démolition
Limportance croissante que connaît la ville dYverdon amène
celle-ci à se doter de son premier hôpital au sens médiéval
du terme: lHospitalis pauperum peut accueillir une dizaine
de pauvres, de malades non contagieux et de voyageurs démunis.
Il est édifié
en 1308 en dehors des murs de la ville, dans le faubourg nord, appelé
plus tard faubourg de lhôpital, sur la grande voie de passage qui
mène en Franche-Comté ou à Bâle.
Cet établissement appartient à la commune qui voit ainsi se constituer
ses premiers biens, rendant indispensable la création dune commission
de gestion. A son origine, on trouve les bourgeois de la ville soutenus par
leur seigneur, Louis II, Sire de Vaud; ce dernier constitue une rente en faveur
du nouvel établissement attendu que celui qui sème sur la
terre récolte en abondance dans les cieux.
Cet exemple est largement suivi: les dons affluent et, au XVe siècle,
lhôpital est devenu un riche propriétaire foncier. Le nombre
croissant dhôtes amène la construction de nouveaux bâtiments
dans lesquels les pauvres et les infirmes sont logés séparément.
Les
comptes de l'hospitalier
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La cuisson du pain
Les denrées en provenance du domaine de lhôpital sont nombreuses:
blé, orge, avoine, chanvre, fèves, ail, pommes, poires, vin, huile
de noix, chapons, champignons, etc. Comme elles sont presque toutes consommées
sur place, elles ne rapportent guère. Lhôpital vend aussi
du bétail, du cuir, du bois et des vieux métaux.
Le ménage de l'établissement entraîne de nombreuses dépenses:
la cuisson du pain au four banal, le sel, l'huile d'éclairage, le charbon
de bois, les vêtements des domestiques et les salaires. Pour les fêtes
et les grands repas, on achète de l'huile d'olive, des harengs, du gingembre,
de la cannelle, du safran et du sucre.
A ces frais viennent sajouter les
rétributions versées aux ouvriers qui soignent la vigne, qui font
les foins et qui travaillent aux champs, lentretien des bâtiments,
les nouvelles constructions, les dépenses liées au culte ainsi
que la pitance distribuée aux pauvres de la ville
Malgré sa richesse, lhôpital est souvent déficitaire
et lhospitalier a fort à faire pour équilibrer un budget
surveillé de près par le Conseil et les syndics.
Pouvoir
bourgeois et salubrité sociale
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Notables et riches bourgeois, XVIIe siècle
En 1536, Berne conquiert le Pays de Vaud et y impose le protestantisme. Les
pouvoirs bourgeois et municipaux saffirment, alors que le contexte idéologique
est profondément modifié par la nouvelle religion; ces changements
vont engendrer une double évolution des hôpitaux durant loccupation
bernoise, jusquà la fin du XVIIIe siècle.
Les établissements hospitaliers, souvent de riches propriétaires
terriens comme à Yverdon, deviennent lobjet dun contrôle
de la part des notables locaux qui en font un attribut de leur prestige.
Parallèlement,
la perception que la société avait du pauvre change: alors qu'il
incarnait jusque-là un certain idéal chrétien de dénuement,
on lui attache désormais toutes les formes du vice, de la fainéantise
et du danger social. Il va s'agir de lui venir aide, mais en le contrôlant
et le redressant.
Si lhôpital continue à accueillir les voyageurs pauvres et
les indigents, il devient également le lieu où l'on enferme les
mendiants, les petits délinquants, les ivrognes, les aliénés
et tous ceux qui troublent l'ordre public.
Un
système de santé en gestation
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Le grand Hôpital de Lausanne en 1829
Bien que riche de nombreuses découvertes dans les domaines de lanatomie
et de la pathologie ainsi que dinventions thérapeutiques comme
la vaccination antivariolique en 1796, la médecine reste un art largement
empirique jusquau XIXe siècle.
En 1800, les patients sont soignés à domicile par leur médecin
ou par le médecin des pauvres de leur commune; ce nest
quépisodiquement que les malades indigents sont recueillis dans
des hôpitaux qui continuent à fonctionner selon le modèle
d'accueil charitable et répressif propre à l'Ancien Régime.
Sous
Napoléon, les hôpitaux des grands centres urbains deviennent les
creusets dune médecine à vocation scientifique. En Suisse
romande, deux établissements préfigurent la lente médicalisation
des hôpitaux: l'Hôpital Pourtalès de Neuchâtel (1811)
et le grand Hôpital de Lausanne (1806), qui a été repris
par les autorités et dont les non-malades sont exclus.
En 1842 souvre à Echallens la première maison de diaconesses
en Suisse romande; par leur présence, ces surs protestantes assurent
la marche quotidienne des établissements de santé.
Médecine:
quelques repères jusquen 1850
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Mannequin d'accouchement, France, XVIIIe siècle
Au XVIIe siècle, la découverte de la circulation sanguine et linvention
du microscope sont des jalons importants de lhistoire des idées
médicales.
Ces deux événements révolutionnent la
théorie de léquilibre des humeurs pratiquée jusqualors
en ouvrant la voie à une exploration matérialiste et expérimentale
du corps humain. L'observation des mécanismes de la respiration, de la
digestion et de la reproduction affinent la compréhension des phénomènes
vitaux.
La pratique médicale reste longtemps peu concernée par ces évolutions.
Le médecin ne touche guère son malade, contrairement au chirurgien,
qui possède une expérience plus directe du corps mais peine à
se débarrasser de sa réputation de barbier avant le milieu du
XVIIIe siècle.
En 1796, Jenner pratique la première vaccination, image d'Epinal d'une
nouvelle conception du collectif et du politique: la santé publique.
L'invention du stéthoscope en 1819 illustre l'évolution des rapports
entre médecin et patient: l'observation clinique et le diagnostic deviennent
les piliers de la médecine du XIXe siècle.
1857
à Yverdon: ouverture de l'infirmerie
<
La première infirmerie d'Yverdon
Dès 1845, la croissance démographique et l'industrialisation transforment
le paysage hospitalier.
A une époque où ceux qui en ont les moyens se font encore soigner
à domicile, il devient nécessaire doffrir aux indigents
malades des lieux d'accueil et de soin. L'ambition médicale y reste très
limitée, reléguée au second plan par le souci caritatif
et la religion. Le plus souvent fruits dinitiatives privées, les
établissements régionaux se multiplient.
A Yverdon, la commune
met gratuitement trois chambres de lancien hôpital à disposition
de linfirmerie qui ouvre ses portes en 1857 grâce au soutien financier
du Dr Butini. Les statuts précisent que les huit lits sont réservés
aux malades, et que les soins seront donnés par les médecins de
la ville selon un tournus.
Une diaconesse assure une présence continue: Le jour et la nuit,
elle a surveillé la marche des maladies, exécuté les prescriptions
et contribué puissamment à l'efficacité des traitements.
A côté des soins de garde-malade, c'est elle encore qui a fait
le ménage...
Financement
privé, contribution du public
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La seconde infirmerie d'Yverdon, rue Pestalozzi (de 1874 à 1901)
Les premières infirmeries s'installent à moindres frais dans des
locaux peu équipés; lalimentation de leurs fonds, dorigine
privée, reste aléatoire et l'extension des activités vers
la fin du siècle rend parfois nécessaire le recours à des
emprunts bancaires.
L'équilibre financier est réalisé grâce aux communes,
qui paient pour lhospitalisation de leurs indigents; l'Etat, quant à
lui, subventionne l'entretien des malades qu'on ne peut admettre au grand Hôpital
de Lausanne faute de place.
Enfin, les restructurations et agrandissements sont
généralement financés grâce aux souscriptions publiques,
ventes et kermesses.
Le comité de l'infirmerie d'Yverdon fait appel aux communes avoisinantes
et à la population lors de son déménagement à la
rue Pestalozzi en 1874: Nos concitoyens, d'Yverdon d'abord, puis ceux
des deux districts d'Yverdon et de Grandson, puis les communes de ces deux districts,
nous ont envoyé des dons abondants; enfin nous en avons reçu de
nos concitoyens fixés hors de notre contrée, de ceux qui sont
établis à Londres, à New-York, à Paris, à
Berne et dans diverses villes d'Italie...
Expansion
et équipement des infirmeries régionales
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Linfirmerie de Clendy, ouverte en 1901
Rapidement, les infirmeries se révèlent être dindispensables
instruments de santé publique, notamment dans le dépistage de
la tuberculose. En 1859, au moment où le besoin en personnel soignant
qualifié se fait ressentir, la Source ouvre une école dinfirmières
laïques à Lausanne; les diaconesses restent cependant majoritaires
dans le système hospitalier.
Peu à peu, le réseau dinfirmeries
se densifie. Celle dOrbe souvre en 1871, celle de Sainte-Croix en
1880. L'hôpital de Saint-Loup s'agrandit en 1897. A Yverdon, un nouveau
déménagement à Clendy, aux Quatre-Marronniers, permet désormais
à une trentaine de malades d'être accueillis dans un bâtiment
doté de l'eau courante, du gaz, de l'électricité, du téléphone
et du chauffage central. L'inauguration a lieu le 22 septembre 1901.
La médecine hospitalière fait de grands progrès à
la fin du siècle; l'accroissement du nombre de chirurgiens et les impératifs
de l'asepsie débouchent sur l'ouverture ou la rénovation des salles
d'opération dans les infirmeries régionales. Les installations
de rayons X font leur apparition et Yverdon acquiert une table radiographique
en 1918.
Industrialisation
et assurances
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Le chantier du constructeur Albert Tschumy, à Yverdon
Lindustrialisation du pays et les chantiers de construction des chemins
de fer génèrent un afflux important de blessés et de malades.
Les infirmeries régionales sont tout dabord quelque peu réticentes
à lidée d'accueillir ces patients supplémentaires
dans des bâtiments de modeste envergure.
Il devient vite indispensable de faire payer les journées dhospitalisation
des ouvriers: ceux-ci nécessitent des soins souvent coûteux (opérations,
pansements, etc.) et leur nombre croissant requiert un développement
des capacités d'accueil.
Cest aux patrons, responsables de la santé
de leurs employés, quincombe le paiement des frais de traitement
et dhébergement; diverses lois édictées après
1874 rendent obligatoire le remboursement des hospitalisations d'ouvriers.
Les industriels ont de la peine à admettre ce principe et des négociations
ont lieu. Finalement, des conventions particulières passées entre
les entreprises et les administrations hospitalières se généralisent
rapidement; l'assurance accident devient obligatoire en 1911.
Réorganisation
et professionnalisation
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Le Dr Perusset père dans la salle d'opération de Clendy en 1923
L'évolution de la discipline médicale et l'augmentation de la
capacité d'accueil des hôpitaux vont de pair avec le besoin accru
en personnel hospitalier qualifié.
Entre 1914 et 1945, l'ancien système
cède la place à un modèle homogénéisé,
dans lequel le cahier des charges de tous les intervenants évolue sensiblement.
Au même titre que les entreprises modernes, les hôpitaux se dotent
de gestionnaires administratifs, d'économes, de comptables qui collaborent
avec la direction, généralement confiée à une diaconesse.
Au niveau de l'organisation médicale, le tournus entre praticiens privés
fait place à la nomination de médecins fixes qui se répartissent
les services de médecine et de chirurgie.
Parallèlement à cette réorganisation interne se met en
place une première forme de collaboration inter-hospitalière avec
la création, en 1930, de l'Association des Infirmeries Vaudoises (AIV)
qui entame des négociations avec lEtat, particulièrement
en ce qui concerne le remboursement du prix de pension des indigents hospitalisés,
un enjeu essentiel pour les petits établissements.
Une
nouvelle aile pour un nouvel envol
<
La nouvelle entrée de l'Hôpital d'Yverdon, 1939
A Yverdon, linfirmerie des Quatre-Marronniers perfectionne son équipement,
notamment en ouvrant son premier laboratoire dans le local du médecin
de service en 1927.
Dès cette époque, un agrandissement des locaux est envisagé,
aboutissant à la construction d'une aile moderne accolée au premier
bâtiment en 1939; linfirmerie acquiert dès lors le statut
d'Hôpital d'Yverdon. Cette même année, la nomination de médecins
fixes remplace l'ancien système de tournus entre praticiens de la ville.
L'offre
sanitaire s'accroît d'ailleurs dans l'ensemble de la région: à
Chamblon, un pavillon de plaine est ouvert en 1931 sous l'impulsion de la Ligue
Vaudoise contre la Tuberculose; à Sainte-Croix, en 1949, un nouvel hôpital
remplace l'ancienne infirmerie datant de 1880.
A Saint-Loup, les aménagements des années 30, qui comptent louverture
d'une petite maternité et du Pavillon Germond destiné aux tuberculeux,
sont complétés durant laprès-guerre par d'importants
redimensionnements de l'hôpital.
Un
modèle de financement qui sessouffle
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La pouponnière de l'Hôpital d'Yverdon, 1939
Entre 1914 et 1945, la croissance du système hospitalier, lévolution
de la formation du personnel et l'amélioration des conditions de travail
entraînent de grosses dépenses qui posent des problèmes
de trésorerie; les sources traditionnelles de revenus ne suffisent pas
à assurer la gestion d'hôpitaux toujours plus grands et mieux équipés.
Alors que l'autofinancement et les dons représentent une part de plus
en plus marginale, beaucoup de malades assument désormais leur propre
hospitalisation; en effet, les progrès de la médecine hospitalière
amènent à l'hôpital toute une population non indigente qui
paie elle-même les soins reçus.
Les assurances maladies et accidents
font de leur côté une timide apparition.
Parallèlement, on observe l'importance croissante du financement direct
de la part de l'Etat et des communes. La contribution volontaire de ces dernières,
au cas par cas, correspond d'ailleurs à l'émergence d'une nouvelle
manière de penser le social comme devoir public qui mènera à
l'Etat-Providence d'après-guerre.
Médecine:
quelques repères de 1850 à 1945
<
Une des premières radiographies thoraciques, 1895
Au XIXe siècle, la biologie et la chimie en plein essor, lélectricité
et la photographie apportent leur contribution aux progrès de la recherche
médicale; de son côté, la médecine de laboratoire
se développe énormément grâce au microscope.
Pasteur perfectionne la vaccination et révolutionne les notions de contagion
et dhygiène en démontrant lomniprésence des
microbes dans latmosphère. L'identification de ces derniers, des
bactéries et parasites améliore la connaissance des maladies.
L'usage de la seringue et des nouveaux produits issus de la recherche pharmaceutique
se généralise, ainsi que la prise de la température et
la palpation du pouls. Dès la fin du siècle, l'anesthésie
et l'asepsie révolutionnent la chirurgie. Röntgen découvre
les rayons X en 1895; peu après, les recherches des époux Curie
ouvrent la voie aux premiers traitements du cancer.
En 1929, Fleming met au point la pénicilline; celle-ci va faire chuter
la mortalité due aux infections. La santé publique connaît
quant à elle un développement considérable, notamment avec
les ligues contre la tuberculose et le mouvement hygiéniste.
LEtat,
un acteur qui prend de limportance
<
Hôpital dYverdon: une diaconesse prodigue des soins, 1959
L'inflation galopante de l'après-guerre a réduit à peu
de choses les fortunes des hôpitaux; les réserves financières
de ces derniers ne suffisent plus à couvrir l'augmentation des dépenses
hôtelières et la modernisation des équipements. Par ailleurs,
les projets de construction et dagrandissement des établissements
hospitaliers atteignent des devis tels que la participation des collectivités
publiques et locales savère indispensable.
A Yverdon, lhôpital ne reçoit aucune subvention communale;
il devient très vite déficitaire, car les pensions ne suffisent
pas à couvrir lensemble des frais hôteliers et médicaux.
Pour tenter de remédier à cette situation, une vente est organisée
en 1946, mais les difficultés subsistent.
A partir des années 1950, des conventions sont signées entre les
établissements hospitaliers, l'Etat et les assurances; ces derniers deviennent
dorénavant les principaux bailleurs de fonds du système de santé.
De son côté, et dès 1955, létablissement yverdonnois
obtient un subside de la part des communes des districts d'Yverdon et de Grandson.
Lhôpital
comme outil de travail
<
La table à rayons X de lhôpital dYverdon, 1958
A partir de 1945, la croissance hospitalière est avant tout due à
l'évolution de la médecine, dont l'exercice change considérablement
grâce aux innovations thérapeutiques et techniques qui nécessitent
désormais une infrastructure importante.
L'accès aux équipements des hôpitaux devient ainsi un enjeu
capital pour les praticiens privés, qui ne peuvent acquérir des
outils médico-techniques extrêmement coûteux; les médecins
désirent en tout premier lieu se servir de salles d'opération
modernisées mais souhaitent aussi avoir accès aux équipements
de radiologie et aux services des laboratoires.
Les hôpitaux trouvent là une
ressource financière nécessaire au fonctionnement matériel
de l'établissement et s'ouvrent aux médecins qui paient pour l'utilisation
de leurs infrastructures.
Par ailleurs, l'augmentation du nombre des médecins hospitaliers et la
diversification des services selon les spécialités nécessite
une profonde réorganisation, qui se traduit souvent par un agrandissement
des bâtiments existants.
Homogénéiser
les structures et les statuts
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Formation des infirmières de la Croix-Rouge
Au milieu du XXe siècle, un mouvement d'unification des structures et
des conditions de travail est mis en place à travers différentes
mesures. Les infirmeries vaudoises deviennent des hôpitaux régionaux,
tous soumis au même plan comptable à partir de 1950; l'Association
des Infirmeries Vaudoises (AIV) devient le Groupement des Hôpitaux Régionaux
Vaudois (GHRV). Cette structure poursuit ses négociations avec l'Etat
et avec les assurances qui se généralisent; elle soutient les
revendications de l'Association Suisse des Infirmières (ASI) qui demande,
dès 1956, le passage à la semaine de 48 heures et une hausse des
salaires.
A Yverdon, la nécessité d'établir un statut du personnel
est mentionnée pour la première fois en 1955; la question des
honoraires des médecins consultants sera réglée par la
convention hospitalière de 1960.
Enfin, les diaconesses perdent peu à peu leur place prépondérante
au sein des établissements hospitaliers; la crise des vocations et le
manque d'effectifs engendrent leur retrait progressif sur l'ensemble du territoire
vaudois. A Yverdon, c'est à l'automne 1969 qu'a lieu un repas d'adieu
pour ces actrices de premier plan du développement hospitalier.
Croissance
des Trente Glorieuses
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Narcose à l'éther
A Yverdon comme ailleurs en Suisse, les années 1945-1975 représentent
une période faste au cours de laquelle la physionomie de l'hôpital
change radicalement.
Les critères dadmission deviennent strictement médicaux.
Les équipements et le personnel se spécialisent, tandis que le
nombre de lits disponibles reste relativement stable. En effet, le temps de
séjour moyen en milieu hospitalier tend à diminuer et les services
de soins à domicile commencent à s'organiser.
Au lieu de développer
le seul Hôpital Cantonal dans tous les domaines, les autorités
vaudoises décident de collaborer avec les autres établissements
hospitaliers du canton, qui se dotent de plus en plus dinfrastructures
de pointe.
L'agrandissement de l'Hôpital d'Yverdon illustre cette tendance: deux
nouveaux pavillons (pédiatrie et obstétrique) sont ouverts en
1965 et un nouveau bloc opératoire est installé en 1971. Enfin,
l'engagement d'un chirurgien réputé au poste de médecin-chef,
en 1964, élargit le public de l'hôpital en attirant nombre de patients
étrangers.
Médecine:
quelques repères depuis 1945
<
Chromosomes humains
Dans la seconde moitié du XXe siècle, les recherches mènent
à la découverte de la composition des gènes dès
1953, à la compréhension des mécanismes immunitaires et
au développement de l'endocrinologie. Le chromosome 21 est identifié
en 1959 et la structure de l'ADN en 1962. Des questions éthiques totalement
inédites apparaissent, liées par exemple à la notion de
risque héréditaire ou aux transplantations d'organes.
La médication évolue sans cesse et la douleur est mieux circonscrite,
la réanimation se développe.
L'électronique, les ultrasons,
le laser, la scanographie ou l'échographie, parmi d'autres innovations,
réforment les possibilités de diagnostic et d'intervention, en
chirurgie particulièrement. Le développement de la psychanalyse
et du traitement des affections mentales relègue la camisole de force
et la lobotomie au placard.
Les vaccins éradiquent certaines maladies, dont la variole, mais le monde
des virus est lui aussi très inventif, comme l'atteste le triste exemple
du SIDA, apparu dans les années 1980. La santé publique sinternationalise
avec la création de lOMS en 1948.
Premiers
pas dune politique de coordination
Les législations adoptées après 1945 tendent à contrôler
la croissance hospitalière, qui pèse de plus en plus lourd dans
les dépenses publiques cantonales.
Sur Vaud, le Service de la santé publique, créé en 1958,
remplace l'ancienne autorité sanitaire et s'occupe à la fois de
l'extension de l'Hôpital Cantonal et de la question du financement des
hôpitaux régionaux par l'Etat.
Ce premier élan de coordination
aboutit à la réalisation du plan hospitalier de 1966, qui découpe
le territoire vaudois en huit zones. Si l'objectif est de mieux gérer
l'ensemble du développement du système de santé, en particulier
son financement, la collaboration entre hôpitaux n'est toutefois pas encore
à l'ordre du jour; au contraire, la politique de développement
tous azimuts détablissements régionaux à la pointe
du progrès se poursuit.
Ce n'est qu'au milieu des années 1970 que la crise économique
et la baisse des hospitalisations qui en découle suscitent les premières
critiques du suréquipement hospitalier et de la politique non-interventionniste
des autorités publiques.
La
croissance en crise
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Thermographie
Malgré la crise des années 1970, le système hospitalier
ne modifie en rien sa logique de croissance continue: ni les découvertes
thérapeutiques, ni les innovations médico-techniques ne subissent
le ralentissement de l'économie.
L'électronique vient bouleverser la pratique de la radiologie (scanners,
IRM) et de la microchirurgie. Quelques années plus tard, les biotechnologies
(biologie moléculaire, génétique, neurosciences, etc.)
investissent à leur tour le domaine médical.
Ces progrès suscitent la création de nouveaux services, l'accroissement
du personnel hospitalier et l'intervention de nombreux médecins consultants,
ce qui se traduit notamment par une nouvelle augmentation des coûts.
Durant les années 1980, le système de santé est finalement
l'objet d'une vaste remise en question et entre dans une phase de restructuration,
destinée à maîtriser son coût tout en assurant une
offre de services de haute qualité; certains rapprochements sont mis
en place, comme la fusion administrative des hôpitaux d'Orbe et de Saint-Loup
en 1984.
Nouvelles
mues de lHôpital dYverdon
<
Chantier de l'Hôpital d'Yverdon
A Yverdon, un agrandissement du bâtiment des Quatre-Marronniers est à
l'ordre du jour dès 1964.
Le plan hospitalier de 1966, qui prévoit d'abord 110 lits supplémentaires,
relie le futur Hôpital de Zone à l'établissement de Sainte-Croix
et au Pavillon de Chamblon.
Diverses études se succèdent, parallèlement aux travaux
ponctuels de rénovation et de réactualisation de l'infrastructure
existante, comme l'installation des soins intensifs en 1976. Cette même
année, lidée d'une construction nouvelle supplante finalement
l'option d'un aménagement des bâtiments existants. Les questions
de l'emplacement et de la capacité d'accueil donnent lieu à de
nombreuses tractations, dans un contexte général qui va dans le
sens dune diminution du temps de séjour et donc du nombre de lits
dédiés aux soins aigus.
En 1978, le plan d'investissement pour les établissements hospitaliers
du canton de Vaud réserve un montant de quarante millions de francs en
faveur du nouvel hôpital dYverdon.
Yverdon:
lHôpital de Zone
<
Démolition de l'Hôpital des Quatre-Marronniers
En 1982, les plans du futur Hôpital de Zone sont officiellement présentés,
assortis d'une demande de participation des communes des districts concernés
(Yverdon, Grandson et Echallens) aux frais d'acquisition du terrain. L'emplacement
retenu se trouve près du Centre Thermal, lequel se verra confier le service
de physiothérapie.
Le 10 mars 1988 a lieu l'inauguration de l'hôpital
actuel. Sa capacité d'accueil, légèrement diminuée
par rapport à l'ancien établissement, est de 168 lits, répartis
dans un bâtiment conçu sur un plan horizontal, à taille
humaine, et doté d'un centre opératoire protégé.
Le 21 février 1991, les bâtiments de lhôpital des Quatre-Marronniers
sont détruits.
Le nouvel hôpital d'Yverdon, dernière institution de soins de grande
envergure construite dans le canton, est ainsi laboutissement un peu paradoxal
de deux logiques différentes: projet issu d'une époque de pleine
croissance des hôpitaux régionaux, il a finalement su s'adapter
aux exigences de rationalisation du système en alliant, au niveau régional,
les avantages d'un accueil généraliste et le maintien d'un équipement
médico-technique performant.
La
constitution des réseaux hospitaliers
Dès les années 1990, diverses études sont menées
en vue d'optimiser le système de santé. Dans le canton de Vaud,
le Service de la Santé publique retient le modèle du partage
des compétences entre établissements d'une même région.
Le Service des Hospices du canton de Vaud, créé en 1992, permet
de centraliser l'administration, tandis que les NOPS (Nouvelles Orientations
de Politique Sanitaire) redessinent le paysage hospitalier. Des réseaux
de soins coordonnés sont déterminés. Dans le Nord vaudois,
le CHYC (Centre hospitalier Yverdon Chamblon) et le resHO (réseau de
soins hospitaliers de Saint-Loup, Orbe et La Vallée), instaurés
respectivement en 1999 et en 2000, constituent deux pôles de cette nouvelle
configuration.
Les soins à domicile (CMS), les médecins traitants, les physiothérapeutes,
les EMS et les unités d'accueil temporaire complètent les filières
de soins, en assurant un suivi coordonné et rationnel du patient devenu
client.
Au XVIe siècle, un réseau désignait un tissu serré
formé de petites mailles. Des premières infirmeries aux nouveaux
ensembles hospitaliers, le réseau de santé actuel est le fruit
des connexions nouées et dénouées au fil des générations.