150 ans de soins - sept siècles d'histoire
 
- A l'origine de l'hôpital: l'hospitalité
- “Hospitalis pauperum Beatae Mariae Virginis”
- Les comptes de l'hospitalier
- Pouvoir bourgeois et “salubrité sociale”
- Un système de santé en gestation
- Médecine: quelques repères jusqu’en 1850
- 1857 à Yverdon: ouverture de l'infirmerie
- Financement privé, contribution du public
- Expansion et équipement des infirmeries régionales
- Industrialisation et assurances
- Réorganisation et professionnalisation
- Une nouvelle aile pour un nouvel envol
- Un modèle de financement qui s’essouffle
- Médecine: quelques repères de 1850 à 1945
- L’Etat, un acteur qui prend de l’importance
- L’hôpital comme outil de travail
- Homogénéiser les structures et les statuts
- Croissance des Trente Glorieuses
- Médecine: quelques repères depuis 1945
- Premiers pas d’une politique de coordination
- La croissance en crise
- Nouvelles mues de l’Hôpital d’Yverdon
- Yverdon: l’Hôpital de Zone
- La constitution des réseaux hospitaliers

 

Sommaire
A l'origine de l'hôpital: l'hospitalité
< L'accueil des pauvres à la porte d'un hôpital médiéval
Dès leur apparition au Moyen-âge, les hôpitaux ou “maisons hospitalières” appliquent le devoir de charité chrétienne qu’est l’assistance aux pauvres; ce n’est qu’au cours du XIXe siècle qu’ils abandonneront peu à peu cette vocation première pour se consacrer exclusivement au soin des malades.


En Suisse romande, les premiers hôpitaux apparaissent vers le VIIIe siècle; aux XIe et XIIe siècles, de nombreuses institutions sont édifiées par les ordres hospitaliers le long des grandes voies de communication.


L’Hospice Sainte-Marie d’Orbe, fondé au XIe siècle, est un exemple typique d’hospitalité caritative: les plus démunis, les enfants et vieillards abandonnés, les voyageurs sans ressources et les pèlerins y trouvent un toit, de la soupe et un morceau de pain.


A l’époque des grandes épidémies, pour éviter la contagion, on tente de circonscrire au mieux le mal en isolant les lépreux et pestiférés dans des bâtiments situés en dehors des villes; Yverdon connaîtra ainsi deux “maladières” construites dans l'élan de l'édification de la nouvelle ville, aux XIIIe et XIVe siècles.

“Hospitalis pauperum Beatae Mariae Virginis”
< Le bâtiment du premier hôpital d'Yverdon la veille de sa démolition
L’importance croissante que connaît la ville d’Yverdon amène celle-ci à se doter de son premier hôpital au sens médiéval du terme: l’”Hospitalis pauperum” peut accueillir une dizaine de pauvres, de malades non contagieux et de voyageurs démunis.


Il est édifié en 1308 en dehors des murs de la ville, dans le faubourg nord, appelé plus tard faubourg de l’hôpital, sur la grande voie de passage qui mène en Franche-Comté ou à Bâle.


Cet établissement appartient à la commune qui voit ainsi se constituer ses premiers biens, rendant indispensable la création d’une commission de gestion. A son origine, on trouve les bourgeois de la ville soutenus par leur seigneur, Louis II, Sire de Vaud; ce dernier constitue une rente en faveur du nouvel établissement “attendu que celui qui sème sur la terre récolte en abondance dans les cieux”.


Cet exemple est largement suivi: les dons affluent et, au XVe siècle, l’hôpital est devenu un riche propriétaire foncier. Le nombre croissant d’hôtes amène la construction de nouveaux bâtiments dans lesquels les pauvres et les infirmes sont logés séparément.


Les comptes de l'hospitalier
< La cuisson du pain
Les denrées en provenance du domaine de l’hôpital sont nombreuses: blé, orge, avoine, chanvre, fèves, ail, pommes, poires, vin, huile de noix, chapons, champignons, etc. Comme elles sont presque toutes consommées sur place, elles ne rapportent guère. L’hôpital vend aussi du bétail, du cuir, du bois et des vieux métaux.


Le ménage de l'établissement entraîne de nombreuses dépenses: la cuisson du pain au four banal, le sel, l'huile d'éclairage, le charbon de bois, les vêtements des domestiques et les salaires. Pour les fêtes et les grands repas, on achète de l'huile d'olive, des harengs, du gingembre, de la cannelle, du safran et du sucre.


A ces frais viennent s’ajouter les rétributions versées aux ouvriers qui soignent la vigne, qui font les foins et qui travaillent aux champs, l’entretien des bâtiments, les nouvelles constructions, les dépenses liées au culte ainsi que la pitance distribuée aux pauvres de la ville…


Malgré sa richesse, l’hôpital est souvent déficitaire et l’hospitalier a fort à faire pour équilibrer un budget surveillé de près par le Conseil et les syndics.



Pouvoir bourgeois et “salubrité sociale”
< Notables et riches bourgeois, XVIIe siècle
En 1536, Berne conquiert le Pays de Vaud et y impose le protestantisme. Les pouvoirs bourgeois et municipaux s’affirment, alors que le contexte idéologique est profondément modifié par la nouvelle religion; ces changements vont engendrer une double évolution des hôpitaux durant l’occupation bernoise, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.


Les établissements hospitaliers, souvent de riches propriétaires terriens comme à Yverdon, deviennent l’objet d’un contrôle de la part des notables locaux qui en font un attribut de leur prestige.


Parallèlement, la perception que la société avait du pauvre change: alors qu'il incarnait jusque-là un certain idéal chrétien de dénuement, on lui attache désormais toutes les formes du vice, de la fainéantise et du danger social. Il va s'agir de lui venir aide, mais en le contrôlant et le redressant.


Si l’hôpital continue à accueillir les voyageurs pauvres et les indigents, il devient également le lieu où l'on enferme les mendiants, les petits délinquants, les ivrognes, les aliénés et tous ceux qui troublent l'ordre public.


Un système de santé en gestation
< Le grand Hôpital de Lausanne en 1829
Bien que riche de nombreuses découvertes dans les domaines de l’anatomie et de la pathologie ainsi que d’inventions thérapeutiques comme la vaccination antivariolique en 1796, la médecine reste un art largement empirique jusqu’au XIXe siècle.


En 1800, les patients sont soignés à domicile par leur médecin ou par le “médecin des pauvres” de leur commune; ce n’est qu’épisodiquement que les malades indigents sont recueillis dans des hôpitaux qui continuent à fonctionner selon le modèle d'accueil charitable et répressif propre à l'Ancien Régime.


Sous Napoléon, les hôpitaux des grands centres urbains deviennent les creusets d’une médecine à vocation scientifique. En Suisse romande, deux établissements préfigurent la lente médicalisation des hôpitaux: l'Hôpital Pourtalès de Neuchâtel (1811) et le grand Hôpital de Lausanne (1806), qui a été repris par les autorités et dont les non-malades sont exclus.


En 1842 s’ouvre à Echallens la première maison de diaconesses en Suisse romande; par leur présence, ces sœurs protestantes assurent la marche quotidienne des établissements de santé.

Médecine: quelques repères jusqu’en 1850
< Mannequin d'accouchement, France, XVIIIe siècle
Au XVIIe siècle, la découverte de la circulation sanguine et l’invention du microscope sont des jalons importants de l’histoire des idées médicales.


Ces deux événements révolutionnent la théorie de l’équilibre des humeurs pratiquée jusqu’alors en ouvrant la voie à une exploration matérialiste et expérimentale du corps humain. L'observation des mécanismes de la respiration, de la digestion et de la reproduction affinent la compréhension des phénomènes vitaux.


La pratique médicale reste longtemps peu concernée par ces évolutions. Le médecin ne touche guère son malade, contrairement au chirurgien, qui possède une expérience plus directe du corps mais peine à se débarrasser de sa réputation de barbier avant le milieu du XVIIIe siècle.


En 1796, Jenner pratique la première vaccination, image d'Epinal d'une nouvelle conception du collectif et du politique: la santé publique. L'invention du stéthoscope en 1819 illustre l'évolution des rapports entre médecin et patient: l'observation clinique et le diagnostic deviennent les piliers de la médecine du XIXe siècle.


1857 à Yverdon: ouverture de l'infirmerie
< La première infirmerie d'Yverdon
Dès 1845, la croissance démographique et l'industrialisation transforment le paysage hospitalier.


A une époque où ceux qui en ont les moyens se font encore soigner à domicile, il devient nécessaire d’offrir aux indigents malades des lieux d'accueil et de soin. L'ambition médicale y reste très limitée, reléguée au second plan par le souci caritatif et la religion. Le plus souvent fruits d’initiatives privées, les établissements régionaux se multiplient.


A Yverdon, la commune met gratuitement trois chambres de l’ancien hôpital à disposition de l’infirmerie qui ouvre ses portes en 1857 grâce au soutien financier du Dr Butini. Les statuts précisent que les huit lits sont réservés aux malades, et que les soins seront donnés par les médecins de la ville selon un tournus.


Une diaconesse assure une présence continue: “Le jour et la nuit, elle a surveillé la marche des maladies, exécuté les prescriptions et contribué puissamment à l'efficacité des traitements. A côté des soins de garde-malade, c'est elle encore qui a fait le ménage...”


Financement privé, contribution du public
< La seconde infirmerie d'Yverdon, rue Pestalozzi (de 1874 à 1901)
Les premières infirmeries s'installent à moindres frais dans des locaux peu équipés; l’alimentation de leurs fonds, d’origine privée, reste aléatoire et l'extension des activités vers la fin du siècle rend parfois nécessaire le recours à des emprunts bancaires.


L'équilibre financier est réalisé grâce aux communes, qui paient pour l’hospitalisation de leurs indigents; l'Etat, quant à lui, subventionne l'entretien des malades qu'on ne peut admettre au grand Hôpital de Lausanne faute de place.


Enfin, les restructurations et agrandissements sont généralement financés grâce aux souscriptions publiques, ventes et kermesses.


Le comité de l'infirmerie d'Yverdon fait appel aux communes avoisinantes et à la population lors de son déménagement à la rue Pestalozzi en 1874: “Nos concitoyens, d'Yverdon d'abord, puis ceux des deux districts d'Yverdon et de Grandson, puis les communes de ces deux districts, nous ont envoyé des dons abondants; enfin nous en avons reçu de nos concitoyens fixés hors de notre contrée, de ceux qui sont établis à Londres, à New-York, à Paris, à Berne et dans diverses villes d'Italie...”

Expansion et équipement des infirmeries régionales
< L’infirmerie de Clendy, ouverte en 1901
Rapidement, les infirmeries se révèlent être d’indispensables instruments de santé publique, notamment dans le dépistage de la tuberculose. En 1859, au moment où le besoin en personnel soignant qualifié se fait ressentir, la Source ouvre une école d’infirmières laïques à Lausanne; les diaconesses restent cependant majoritaires dans le système hospitalier.


Peu à peu, le réseau d’infirmeries se densifie. Celle d’Orbe s’ouvre en 1871, celle de Sainte-Croix en 1880. L'hôpital de Saint-Loup s'agrandit en 1897. A Yverdon, un nouveau déménagement à Clendy, aux Quatre-Marronniers, permet désormais à une trentaine de malades d'être accueillis dans un bâtiment doté de l'eau courante, du gaz, de l'électricité, du téléphone et du chauffage central. L'inauguration a lieu le 22 septembre 1901.


La médecine hospitalière fait de grands progrès à la fin du siècle; l'accroissement du nombre de chirurgiens et les impératifs de l'asepsie débouchent sur l'ouverture ou la rénovation des salles d'opération dans les infirmeries régionales. Les installations de rayons X font leur apparition et Yverdon acquiert une table radiographique en 1918.


Industrialisation et assurances
< Le chantier du constructeur Albert Tschumy, à Yverdon
L’industrialisation du pays et les chantiers de construction des chemins de fer génèrent un afflux important de blessés et de malades. Les infirmeries régionales sont tout d’abord quelque peu réticentes à l’idée d'accueillir ces patients supplémentaires dans des bâtiments de modeste envergure.


Il devient vite indispensable de faire payer les journées d’hospitalisation des ouvriers: ceux-ci nécessitent des soins souvent coûteux (opérations, pansements, etc.) et leur nombre croissant requiert un développement des capacités d'accueil.


C’est aux patrons, responsables de la santé de leurs employés, qu’incombe le paiement des frais de traitement et d’hébergement; diverses lois édictées après 1874 rendent obligatoire le remboursement des hospitalisations d'ouvriers.


Les industriels ont de la peine à admettre ce principe et des négociations ont lieu. Finalement, des conventions particulières passées entre les entreprises et les administrations hospitalières se généralisent rapidement; l'assurance accident devient obligatoire en 1911.

Réorganisation et professionnalisation
< Le Dr Perusset père dans la salle d'opération de Clendy en 1923
L'évolution de la discipline médicale et l'augmentation de la capacité d'accueil des hôpitaux vont de pair avec le besoin accru en personnel hospitalier qualifié.


Entre 1914 et 1945, l'ancien système cède la place à un modèle homogénéisé, dans lequel le cahier des charges de tous les intervenants évolue sensiblement.


Au même titre que les entreprises modernes, les hôpitaux se dotent de gestionnaires administratifs, d'économes, de comptables qui collaborent avec la direction, généralement confiée à une diaconesse. Au niveau de l'organisation médicale, le tournus entre praticiens privés fait place à la nomination de médecins fixes qui se répartissent les services de médecine et de chirurgie.


Parallèlement à cette réorganisation interne se met en place une première forme de collaboration inter-hospitalière avec la création, en 1930, de l'Association des Infirmeries Vaudoises (AIV) qui entame des négociations avec l’Etat, particulièrement en ce qui concerne le remboursement du prix de pension des indigents hospitalisés, un enjeu essentiel pour les petits établissements.


Une nouvelle aile pour un nouvel envol
< La nouvelle entrée de l'Hôpital d'Yverdon, 1939
A Yverdon, l’infirmerie des Quatre-Marronniers perfectionne son équipement, notamment en ouvrant son premier laboratoire dans le local du médecin de service en 1927.


Dès cette époque, un agrandissement des locaux est envisagé, aboutissant à la construction d'une aile moderne accolée au premier bâtiment en 1939; l’infirmerie acquiert dès lors le statut d'Hôpital d'Yverdon. Cette même année, la nomination de médecins fixes remplace l'ancien système de tournus entre praticiens de la ville.


L'offre sanitaire s'accroît d'ailleurs dans l'ensemble de la région: à Chamblon, un pavillon de plaine est ouvert en 1931 sous l'impulsion de la Ligue Vaudoise contre la Tuberculose; à Sainte-Croix, en 1949, un nouvel hôpital remplace l'ancienne infirmerie datant de 1880.


A Saint-Loup, les aménagements des années 30, qui comptent l’ouverture d'une petite maternité et du Pavillon Germond destiné aux tuberculeux, sont complétés durant l’après-guerre par d'importants redimensionnements de l'hôpital.




Un modèle de financement qui s’essouffle
< La pouponnière de l'Hôpital d'Yverdon, 1939
Entre 1914 et 1945, la croissance du système hospitalier, l’évolution de la formation du personnel et l'amélioration des conditions de travail entraînent de grosses dépenses qui posent des problèmes de trésorerie; les sources traditionnelles de revenus ne suffisent pas à assurer la gestion d'hôpitaux toujours plus grands et mieux équipés.


Alors que l'autofinancement et les dons représentent une part de plus en plus marginale, beaucoup de malades assument désormais leur propre hospitalisation; en effet, les progrès de la médecine hospitalière amènent à l'hôpital toute une population non indigente qui paie elle-même les soins reçus.


Les assurances maladies et accidents font de leur côté une timide apparition.


Parallèlement, on observe l'importance croissante du financement direct de la part de l'Etat et des communes. La contribution volontaire de ces dernières, au cas par cas, correspond d'ailleurs à l'émergence d'une nouvelle manière de penser le social comme devoir public qui mènera à l'Etat-Providence d'après-guerre.




Médecine: quelques repères de 1850 à 1945
< Une des premières radiographies thoraciques, 1895
Au XIXe siècle, la biologie et la chimie en plein essor, l’électricité et la photographie apportent leur contribution aux progrès de la recherche médicale; de son côté, la médecine de laboratoire se développe énormément grâce au microscope.


Pasteur perfectionne la vaccination et révolutionne les notions de contagion et d’hygiène en démontrant l’omniprésence des microbes dans l’atmosphère. L'identification de ces derniers, des bactéries et parasites améliore la connaissance des maladies.


L'usage de la seringue et des nouveaux produits issus de la recherche pharmaceutique se généralise, ainsi que la prise de la température et la palpation du pouls. Dès la fin du siècle, l'anesthésie et l'asepsie révolutionnent la chirurgie. Röntgen découvre les rayons X en 1895; peu après, les recherches des époux Curie ouvrent la voie aux premiers traitements du cancer.


En 1929, Fleming met au point la pénicilline; celle-ci va faire chuter la mortalité due aux infections. La santé publique connaît quant à elle un développement considérable, notamment avec les ligues contre la tuberculose et le mouvement hygiéniste.



L’Etat, un acteur qui prend de l’importance
< Hôpital d’Yverdon: une diaconesse prodigue des soins, 1959
L'inflation galopante de l'après-guerre a réduit à peu de choses les fortunes des hôpitaux; les réserves financières de ces derniers ne suffisent plus à couvrir l'augmentation des dépenses hôtelières et la modernisation des équipements. Par ailleurs, les projets de construction et d’agrandissement des établissements hospitaliers atteignent des devis tels que la participation des collectivités publiques et locales s’avère indispensable.


A Yverdon, l’hôpital ne reçoit aucune subvention communale; il devient très vite déficitaire, car les pensions ne suffisent pas à couvrir l’ensemble des frais hôteliers et médicaux. Pour tenter de remédier à cette situation, une vente est organisée en 1946, mais les difficultés subsistent.


A partir des années 1950, des conventions sont signées entre les établissements hospitaliers, l'Etat et les assurances; ces derniers deviennent dorénavant les principaux bailleurs de fonds du système de santé. De son côté, et dès 1955, l’établissement yverdonnois obtient un subside de la part des communes des districts d'Yverdon et de Grandson.




L’hôpital comme outil de travail
< La table à rayons X de l’hôpital d’Yverdon, 1958
A partir de 1945, la croissance hospitalière est avant tout due à l'évolution de la médecine, dont l'exercice change considérablement grâce aux innovations thérapeutiques et techniques qui nécessitent désormais une infrastructure importante.


L'accès aux équipements des hôpitaux devient ainsi un enjeu capital pour les praticiens privés, qui ne peuvent acquérir des outils médico-techniques extrêmement coûteux; les médecins désirent en tout premier lieu se servir de salles d'opération modernisées mais souhaitent aussi avoir accès aux équipements de radiologie et aux services des laboratoires.


Les hôpitaux trouvent là une ressource financière nécessaire au fonctionnement matériel de l'établissement et s'ouvrent aux médecins qui paient pour l'utilisation de leurs infrastructures.


Par ailleurs, l'augmentation du nombre des médecins hospitaliers et la diversification des services selon les spécialités nécessite une profonde réorganisation, qui se traduit souvent par un agrandissement des bâtiments existants.



Homogénéiser les structures et les statuts
< Formation des infirmières de la Croix-Rouge
Au milieu du XXe siècle, un mouvement d'unification des structures et des conditions de travail est mis en place à travers différentes mesures. Les infirmeries vaudoises deviennent des hôpitaux régionaux, tous soumis au même plan comptable à partir de 1950; l'Association des Infirmeries Vaudoises (AIV) devient le Groupement des Hôpitaux Régionaux Vaudois (GHRV). Cette structure poursuit ses négociations avec l'Etat et avec les assurances qui se généralisent; elle soutient les revendications de l'Association Suisse des Infirmières (ASI) qui demande, dès 1956, le passage à la semaine de 48 heures et une hausse des salaires.


A Yverdon, la nécessité d'établir un statut du personnel est mentionnée pour la première fois en 1955; la question des honoraires des médecins consultants sera réglée par la convention hospitalière de 1960.


Enfin, les diaconesses perdent peu à peu leur place prépondérante au sein des établissements hospitaliers; la crise des vocations et le manque d'effectifs engendrent leur retrait progressif sur l'ensemble du territoire vaudois. A Yverdon, c'est à l'automne 1969 qu'a lieu un repas d'adieu pour ces actrices de premier plan du développement hospitalier.


Croissance des Trente Glorieuses
< Narcose à l'éther
A Yverdon comme ailleurs en Suisse, les années 1945-1975 représentent une période faste au cours de laquelle la physionomie de l'hôpital change radicalement.


Les critères d’admission deviennent strictement médicaux. Les équipements et le personnel se spécialisent, tandis que le nombre de lits disponibles reste relativement stable. En effet, le temps de séjour moyen en milieu hospitalier tend à diminuer et les services de soins à domicile commencent à s'organiser.


Au lieu de développer le seul Hôpital Cantonal dans tous les domaines, les autorités vaudoises décident de collaborer avec les autres établissements hospitaliers du canton, qui se dotent de plus en plus d’infrastructures de pointe.


L'agrandissement de l'Hôpital d'Yverdon illustre cette tendance: deux nouveaux pavillons (pédiatrie et obstétrique) sont ouverts en 1965 et un nouveau bloc opératoire est installé en 1971. Enfin, l'engagement d'un chirurgien réputé au poste de médecin-chef, en 1964, élargit le public de l'hôpital en attirant nombre de patients étrangers.




Médecine: quelques repères depuis 1945
< Chromosomes humains
Dans la seconde moitié du XXe siècle, les recherches mènent à la découverte de la composition des gènes dès 1953, à la compréhension des mécanismes immunitaires et au développement de l'endocrinologie. Le chromosome 21 est identifié en 1959 et la structure de l'ADN en 1962. Des questions éthiques totalement inédites apparaissent, liées par exemple à la notion de risque héréditaire ou aux transplantations d'organes.


La médication évolue sans cesse et la douleur est mieux circonscrite, la réanimation se développe.


L'électronique, les ultrasons, le laser, la scanographie ou l'échographie, parmi d'autres innovations, réforment les possibilités de diagnostic et d'intervention, en chirurgie particulièrement. Le développement de la psychanalyse et du traitement des affections mentales relègue la camisole de force et la lobotomie au placard.


Les vaccins éradiquent certaines maladies, dont la variole, mais le monde des virus est lui aussi très inventif, comme l'atteste le triste exemple du SIDA, apparu dans les années 1980. La santé publique s’internationalise avec la création de l’OMS en 1948.



Premiers pas d’une politique de coordination
Les législations adoptées après 1945 tendent à contrôler la croissance hospitalière, qui pèse de plus en plus lourd dans les dépenses publiques cantonales.


Sur Vaud, le Service de la santé publique, créé en 1958, remplace l'ancienne autorité sanitaire et s'occupe à la fois de l'extension de l'Hôpital Cantonal et de la question du financement des hôpitaux régionaux par l'Etat.


Ce premier élan de coordination aboutit à la réalisation du plan hospitalier de 1966, qui découpe le territoire vaudois en huit zones. Si l'objectif est de mieux gérer l'ensemble du développement du système de santé, en particulier son financement, la collaboration entre hôpitaux n'est toutefois pas encore à l'ordre du jour; au contraire, la politique de développement tous azimuts d’établissements régionaux à la pointe du progrès se poursuit.


Ce n'est qu'au milieu des années 1970 que la crise économique et la baisse des hospitalisations qui en découle suscitent les premières critiques du suréquipement hospitalier et de la politique non-interventionniste des autorités publiques.
La croissance en crise
< Thermographie
Malgré la crise des années 1970, le système hospitalier ne modifie en rien sa logique de croissance continue: ni les découvertes thérapeutiques, ni les innovations médico-techniques ne subissent le ralentissement de l'économie.


L'électronique vient bouleverser la pratique de la radiologie (scanners, IRM) et de la microchirurgie. Quelques années plus tard, les biotechnologies (biologie moléculaire, génétique, neurosciences, etc.) investissent à leur tour le domaine médical.


Ces progrès suscitent la création de nouveaux services, l'accroissement du personnel hospitalier et l'intervention de nombreux médecins consultants, ce qui se traduit notamment par une nouvelle augmentation des coûts.


Durant les années 1980, le système de santé est finalement l'objet d'une vaste remise en question et entre dans une phase de restructuration, destinée à maîtriser son coût tout en assurant une offre de services de haute qualité; certains rapprochements sont mis en place, comme la fusion administrative des hôpitaux d'Orbe et de Saint-Loup en 1984.



Nouvelles mues de l’Hôpital d’Yverdon
< Chantier de l'Hôpital d'Yverdon
A Yverdon, un agrandissement du bâtiment des Quatre-Marronniers est à l'ordre du jour dès 1964.


Le plan hospitalier de 1966, qui prévoit d'abord 110 lits supplémentaires, relie le futur Hôpital de Zone à l'établissement de Sainte-Croix et au Pavillon de Chamblon.


Diverses études se succèdent, parallèlement aux travaux ponctuels de rénovation et de réactualisation de l'infrastructure existante, comme l'installation des soins intensifs en 1976. Cette même année, l’idée d'une construction nouvelle supplante finalement l'option d'un aménagement des bâtiments existants. Les questions de l'emplacement et de la capacité d'accueil donnent lieu à de nombreuses tractations, dans un contexte général qui va dans le sens d’une diminution du temps de séjour et donc du nombre de lits dédiés aux soins aigus.


En 1978, le plan d'investissement pour les établissements hospitaliers du canton de Vaud réserve un montant de quarante millions de francs en faveur du nouvel hôpital d’Yverdon.




Yverdon: l’Hôpital de Zone
< Démolition de l'Hôpital des Quatre-Marronniers
En 1982, les plans du futur Hôpital de Zone sont officiellement présentés, assortis d'une demande de participation des communes des districts concernés (Yverdon, Grandson et Echallens) aux frais d'acquisition du terrain. L'emplacement retenu se trouve près du Centre Thermal, lequel se verra confier le service de physiothérapie.


Le 10 mars 1988 a lieu l'inauguration de l'hôpital actuel. Sa capacité d'accueil, légèrement diminuée par rapport à l'ancien établissement, est de 168 lits, répartis dans un bâtiment conçu sur un plan horizontal, “à taille humaine”, et doté d'un centre opératoire protégé.


Le 21 février 1991, les bâtiments de l’hôpital des Quatre-Marronniers sont détruits.


Le nouvel hôpital d'Yverdon, dernière institution de soins de grande envergure construite dans le canton, est ainsi l’aboutissement un peu paradoxal de deux logiques différentes: projet issu d'une époque de pleine croissance des hôpitaux régionaux, il a finalement su s'adapter aux exigences de rationalisation du système en alliant, au niveau régional, les avantages d'un accueil généraliste et le maintien d'un équipement médico-technique performant.


La constitution des réseaux hospitaliers
Dès les années 1990, diverses études sont menées en vue d'optimiser le système de santé. Dans le canton de Vaud, le Service de la Santé publique retient le modèle du partage des compétences entre établissements d'une même région.


Le Service des Hospices du canton de Vaud, créé en 1992, permet de centraliser l'administration, tandis que les NOPS (Nouvelles Orientations de Politique Sanitaire) redessinent le paysage hospitalier. Des réseaux de soins coordonnés sont déterminés. Dans le Nord vaudois, le CHYC (Centre hospitalier Yverdon Chamblon) et le resHO (réseau de soins hospitaliers de Saint-Loup, Orbe et La Vallée), instaurés respectivement en 1999 et en 2000, constituent deux pôles de cette nouvelle configuration.


Les soins à domicile (CMS), les médecins traitants, les physiothérapeutes, les EMS et les unités d'accueil temporaire complètent les filières de soins, en assurant un suivi coordonné et rationnel du patient devenu client.


Au XVIe siècle, un réseau désignait un tissu serré formé de petites mailles. Des premières infirmeries aux nouveaux ensembles hospitaliers, le réseau de santé actuel est le fruit des connexions nouées et dénouées au fil des générations.